Elle reste la plus belle découverte récente du GSTN sur ce plateau du Parmelan que nous pensons bien connaitre et qui nous réserve toujours de magnifiques surprises comme celle-là.
Cette année, le mauvais temps de l'hiver combiné à un redoux précoce nous en avait barré l'accès. De la glace s'était formée en grande quantité dans les puits, et des épées de Damoclès pendaient partout au-dessus de nos têtes, rendant l'explo du gouffre quasi-impossible dans de bonnes conditions de sécurité: Nous avons donc sagement attendu que toute cette quincaillerie fonde d'elle même avant de reprendre nos visites.
Pourquoi y retourner encore ? Parce que nous n'en n'avons toujours pas terminé la topo et parce que l'énormité des volumes nous laisse à penser que nous n'avons pas encore tout vu. Et dans ce domaine-là, je peux maintenant certifier que c'est une quasi-certitude.
Ce qui me fait dire ça ?
Je viens d'avoir en mains une lampe-torche à LED de très grande puissance (1600 lumens). Eh bien, je peux vous dire que ça change tout. Nos lampes frontales à LED représentaient déjà une révolution par rapport à l’acétylène. Mais jusqu'ici, dans les grands volumes verticaux, le spéléo se déplaçait en même temps que la tache de lumière procurée par sa lampe frontale, délimitant artificiellement son champ de vision et de recherche à la zone éclairée. Désormais les moyens d'éclairage sont devenus tellement performants que la bulle de lumière atteint tout le volume éclairable, ne laissant plus rien dans l'ombre, C'est une nouvelle étape, non pas dans les technologies, mais dans l'appréhension des volumes souterrains tels que nous les connaissons sur le Parmelan : ce que nous voyions jusqu'ici plutôt comme une suite de puits reliés par des points singuliers (palier, basculement dans un puits parallèle, ...) devient un énorme volume presque continu de la surface au fond dans lequel on descend d'un seul mouvement alors que nous le ressentions jusqu'ici comme une suite de déplacements dans des volumes bien circonscrits. D’où le nom de puits que nous avons donné à chaque étape de la descente, le mot évoquant un volume plutôt circulaire et fermé. En fait de puits, on se balade entre des parois qui jusqu'ici fuyaient plus ou moins dans le noir, empêchant d'avoir une vision précise des volumes. La meilleure preuve de cette vision du monde souterrain est qu'une fois ce "puits" descendu, la tentation, la majeure partie du temps. était d'aller voir "la suite" ou "plus bas", sans s'attarder à essayer de progresser horizontalement dans ce volume, sauf lorsqu'un détail bien précis attirait la curiosité du spéléologue pendu au bout de son fil au point de le convaincre de tenter un pendule, pour aller voir si par hasard, la vraie suite ne serait pas par là.
Il va falloir, je crois, réviser notre façon de voir les gouffres et par la même occasion, de réaliser les topographies que nous en faisons. Fini les traits continus qui se poursuivent en pointillés pour s'arrêter finalement au milieu de nulle part (surtout que l'on dispose en plus du laser qui permet de relever n'importe quelle distance inaccessible autrement)
Pour mieux saisir l'impression dont je parle plus haut, voici ci-dessous deux photos du même puits (le Puits des Echos de 85m de la Tanne du même nom). La première a été prise en open flash (pose de 15 secondes) aux flashes (un premier à 20m, un second à 40m et un troisième tout en haut, celui que tenait le photographe n'ayant pas déclenché, ce qui explique le premier plan sombre). La seconde a été également prise en pose, cette fois avec la seule lampe-torche, avec laquelle j'ai balayé les volumes du puits. Si l'aspect esthétique se discute, l'aspect "documentaire" est indéniable. Ce n'était qu'un simple essai "pour voir" - c'est le cas de le dire - , la lampe en question ne disposant que d'une seule puissance d'éclairage. Avec une lampe dotée d'un puissance modulable, un coup d'éclairage à pleine puissance vers le sommet du puits suivie d'un balayage des parois latérales à une puissance inférieure aurait sans doute amélioré la sensation de volume. Mais imaginez le matériel qu'il aurait fallu auparavant pour obtenir la même photo !
JF Suzz
Fredo : tu peux ranger ton spot anti-aérien au au rayon antiquités !!!

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