Le troglodyte

  • n.m. troglodyte (du grec trôglodutês, qui habite dans les trous). Personne qui habite une grotte ou une demeure creusée dans la roche.
  • Il est bien connu que "la France profonde est principalement constituée de spéléologues" (Le Chat - Geluck). Les Troglodytes de Novel, depuis trente ans, ne font pas mentir le dicton. Longtemps nous avons vécu en suivant le précepte qui affirme que pour vivre heureux, il faut vivre caché.
  • Mais l'envie de partager nos joies de spéléos est finalement, et c'est un bien, devenue la plus forte. C'est la raison d'être de ce blog. Qui que vous soyez, vous y êtes le bienvenu.

Où et comment nous trouver

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Maillons rapides

La Tanne Ira Dei - Semnoz

dimanche 17 janvier 2010

Le GSTN ne traîne pas ses guêtres "que" sur le Parmelan. Certains de ses membres en particulier sont régulièrement attirés par les 1000 m de potentiel karstique du Semnoz, malgré les alpages et forêts qui en couvrent la totalité et en rend l'exploration aléatoire. Allez, Seb, raconte.

Le Semnoz : 80 km², 40 ans de recherches spéléologiques qui ont révélé plusieurs centaines de cavités répertoriées, sept systèmes karstiques identifiés dont deux de plus de 1000m de dénivelée, des milliers d’heures de prospection, des centaines de sorties d’exploration et jusque là, rien ! Ou presque : quelques gouffres dépassent la cote –100m, mais la plupart n’atteignent en moyenne qu’une vingtaine de mètres. Seule la remontée des siphons de Bange a eu ses heures de gloire, révélant un magnifique collecteur dont l’exploration devient désormais fort engagée. Aujourd’hui, ce massif semble réfractaire à nos incursions et reste difficilement pénétrable.
Au début, on aborde le Semnoz avec enthousiasme : le massif est immense, les signes de karstification sont nombreux et on se croit un certain temps plus malin que nos prédécesseurs. Mais rapidement, on se rend à l’évidence : c’est finalement trop grand ; sans boussole, on s’y perd rapidement. Il y a des lapiaz, mais où sont les trous ? Seul sur le Semnoz, la tâche est impossible, mais malgré cela, j’y ai passé des heures en prospections-promenades sur une grande partie des différentes zones du massif. Au petit-bonheur-la-chance, en compagnie de fidèles irréductibles (merci Didier, le Fou, Stéf et les autres), nous avons repris quelques trous ou effectué plusieurs désobs, mais sans succès. On n’arrivera à bout du Semnoz qu’avec une équipe concentrée uniquement sur ce massif, travaillant en prospection systématique sur le long terme.
Alors, lorsqu’on découvre par hasard la plus grande verticale du massif, c’est, à notre échelle, un événement extraordinaire ! L’unique grand puits ne fait « que » 76m, le trou atteint « péniblement » - 93 m, mais ça suffit à notre bonheur !

Découverte et exploration :

C’est lors d’une prospection hivernale dans une zone délaissée du massif que mes raquettes me mènent à l’entrée d’une petite grotte insignifiante mais d’un noir plein de promesses. La galerie, peu spacieuse, nécessite dès le départ deux séances de « vidange caillouteuse » avant de devoir employer la méthode de « l’élargissement artificiel ». Tout cela m’amène dans une petite alcôve, à la profondeur enivrante de –6m, où un boyau se perd dans un remplissage « glaiso-rocheux ». Le courant d’air m’inspire une nouvelle désob qui m’amène pourtant à considérer assez rapidement que j’en ai assez fait. Par conscience professionnelle, j’enlève un dernier cailloux avec l’espoir de déboucher enfin dans le vide absolu, mais comme d’habitude, il n’y a rien de plus à voir et je n’entends pas de torrent cascader ni des Chinois en train de parler. Voilà, c’est déjà fini, on ressort de ce terrier. De dépit, pour me venger, je jette violemment la pierre dans une faille étroite à ma gauche. Quelques secondes plus tard, une hallucination auditive me stoppe net dans mon élan : « paouffff » (avec de l’écho, ça rend mieux). « Paouffff » = fond de puits = départ de puits = pointe.
Je n’ai pas de mal à trouver une deuxième pierre que je jette à nouveau dans la même faille. Il ne se passe rien cette fois, j’ai du rêver, le « paouffff » issu de mon imagination. J’en attrape quand même une troisième que je lance d’un geste différent : toujours rien. A la quatrième, c’est la révélation : un nouveau « paouffff », précédé de « ping » et « tchac ». Y’a un puits ! Y’a un gros puits, un très gros puits, oui mais où ? Il se cache, le fourbe, à un mètre de moi !
Avec l’appui du côté obscur de la force, nous parvenons en deux sorties à atteindre le sommet de la verticale qu’il va bien falloir descendre maintenant. C’est dans ces moments-là qu’on s’intéresse vraiment au diamètre de la corde (toujours trop petit) et que l’on remet sa confiance à un fabriquant bien connu de chevilles autoforeuses à expansion. C’est noir, c’est gros, ça résonne, on se sent petit, …mais petit. La descente est lente mais assurée … Fractio après fractio, je me retrouve en bout de corde sans apercevoir le fond du puits (s’il y en a un !). Je raboute une longueur de 40m et rapidement, je peux enfin savourer l’extase de toucher le sol, pressé de faire partager à mes comparses l’émotion de cette descente silencieuse.
Un petit actif se perd au fond du puits et la suite semble compromise. Pourtant, deux mètres plus haut, une rapide désob nous amène au sommet d’un méandre sombre. Malgré ses dimensions, celui s’achève trop rapidement sur comblement. A mi-parcours, un surcreusement forme un puits étroit qui ne nous permet pas non plus de découvrir la suite.
Après plusieurs sorties, il faut se rendre à l’évidence, tragique : le méandre terminal est comblé à son niveau supérieur par de la glaise façon « Araldite » et reste impénétrable en bas sans gros travaux. Il ne reste qu’un espoir de continuation : une lucarne dans le grand puits que nous retournerons voir au printemps. L’exploration s’arrête là pour cette fois, mais pas la prospection de la zone !
Sébastien Maniglier

Ont participé aux réjouissances : Didier Moënne-Loccoz, Jean-François Ray, Laurent Cros et Yann Raphoz

A propos, Seb, une question. Pourquoi as-tu appelé ce trou « la Colère de Dieu ». Il y a une histoire derrière ce nom ?

Huuum, bonne question! Aucun lien avec la fin du monde en 2012 ou la pénitence des hommes pour l'accès au Paradis. C'est juste que le nom sonnait bien!!!
En fait, je voulais un nom en latin grandiloquant, qui évoque le côté grandiose du puits découvert. Le vacarme des pierres jetées dans le puits m'évoquait le tonnerre, l'humilité (grand silence à chaque lancer de pierre), le démesuré. Dans la plus pure tradition mystico-Jerrycienne, j'imaginais bien là l'oeuvre d'un quelconque Dieu énervé laissant résonner sa colère dans les entrailles du Semnoz. De la spéléo au mystique, on n'est pas loin ! Face à la colère de Dieu, comme face à un puits de 76m, l'Homme se sent soudain bien petit!
D'ailleurs, je n'avais pas mis la traduction sur l'article et ce sont les éditeurs de Spéléalpes, ou le chef, ou Didier (j'sais plus), qui ont rajouté "la colère de Dieu". Je trouvais qu'Ira Déi suffisait largement et suggérait une part de mystère, chacun, si ça l'intéressait, cherchant par lui-même la signification. J'ai été un peu déçu quand j'ai vu la traduction française ....
C'est aussi le titre d'un album Live de Noir Désir qui m'a inspiré : "Dies Irae" (jour de colère).

Merci d'avoir posé la question, t'es bien le premier !

A la deuxième page de l'étude consacrée au fonctionnement hydrologique et géochimique du système karstique de Bange-L'Eau-Morte (cliquez sur le texte en rouge) figure une carte montrant les différents bassins d'alimentation du Semnoz. On peut aisément y constater que l'Ira Dei, située au nord-est du Crêt de Tertère, est une tête de réseau de l'alimentation de la résurgence du Bourneau et non de Bange, comme on pourrait instinctivement le penser.

(Un article complet et détaillé est paru dans le dernier numéro de la revue SPELEALPES - n°23 / 2006)

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Y'a des trous dans le Parmelan ?

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